
– Enfin, j’ai dit tout cela, soit!
– Et j’en ai beaucoup remercié Votre Majesté, Sire, parce que ces paroles témoignaient d’un intérêt bien honorable pour M. de Bragelonne.
– Vous vous rappelez aussi, dit le roi en pesant sur ces paroles, que vous aviez pour ce mariage une grande répugnance?
– C’est vrai, Sire.
– Et que vous faisiez la demande à contrecœur?
– Oui, Votre Majesté.
– Enfin, je me rappelle aussi, car j’ai une mémoire presque aussi bonne que la vôtre, je me rappelle, dis-je, que vous avez dit ces paroles: «Je ne crois pas à l’amour de Mlle de La Vallière pour M. de Bragelonne.» Est-ce vrai?
Athos sentit le coup, il ne recula pas.
– Sire, dit-il, j’en ai déjà demandé pardon à Votre Majesté, mais il est certaines choses dans cet entretien qui ne seront intelligibles qu’au dénouement.
– Voyons le dénouement, alors.
– Le voici. Votre Majesté avait dit qu’elle différait le mariage pour le bien de M. de Bragelonne.
Le roi se tut.
– Aujourd’hui, M. de Bragelonne est tellement malheureux, qu’il ne peut différer plus longtemps de demander une solution à Votre Majesté.
Le roi pâlit. Athos le regarda fixement.
– Et que… demande-t-il… M. de Bragelonne? dit le roi avec hésitation.
– Absolument ce que je venais demander au roi dans la dernière entrevue: le consentement de Votre Majesté à son mariage.
Le roi se tut.
– Les questions relatives aux obstacles sont aplanies pour nous, continua Athos. Mlle de La Vallière, sans fortune, sans naissance et sans beauté, n’en est pas moins le seul beau parti du monde pour M. de Bragelonne, puisqu’il aime cette jeune fille.
Le roi serra ses mains l’une contre l’autre.
– Le roi hésite? demanda le comte sans rien perdre de sa fermeté ni de sa politesse.
