– Qu’est-ce à dire? quelle arrière-pensée?


– Je m’explique, dit froidement Athos. Si, en refusant la main de Mlle de La Vallière à M. de Bragelonne, Votre Majesté avait un autre but que le bonheur et la fortune du vicomte…


– Vous voyez bien, monsieur, que vous m’offensez.


– Si, en demandant un délai au vicomte, Votre Majesté avait voulu éloigner seulement le fiancé de Mlle de La Vallière…


– Monsieur! Monsieur!


– C’est que je l’ai ouï dire partout, Sire. Partout l’on parle de l’amour de Votre Majesté pour Mlle de La Vallière.


Le roi déchira ses gants, que, par contenance, il mordillait depuis quelques minutes.


– Malheur! s’écria-t-il, à ceux qui se mêlent de mes affaires! J’ai pris un parti: je briserai tous les obstacles.


– Quels obstacles? dit Athos.


Le roi s’arrêta court, comme un cheval emporté à qui le mors brise le palais en se retournant dans sa bouche.


– J’aime Mlle de La Vallière, dit-il soudain avec autant de noblesse que d’emportement.


– Mais, interrompit Athos, cela n’empêche pas Votre Majesté de marier M. de Bragelonne avec Mlle de La Vallière. Le sacrifice est digne d’un roi; il est mérité par M. de Bragelonne, qui a déjà rendu des services et qui peut passer pour un brave homme. Ainsi donc, le roi, en renonçant à son amour, fait preuve à la fois de générosité, de reconnaissance et de bonne politique.


– Mlle de La Vallière, dit sourdement le roi, n’aime pas M. de Bragelonne.


– Le roi le sait? demanda Athos avec un regard profond.


– Je le sais.


– Depuis peu, alors; sans quoi, si le roi le savait lors de ma première demande, Sa Majesté eût pris la peine de me le dire.



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