
– Quoi! Mlle Marie de Mancini quitte aussi la cour? demanda Monsieur, dont la réserve commençait à s'affaiblir.
– Mlle Marie de Mancini surtout, répondit discrètement Raoul.
Un sourire fugitif, vestige imperceptible de son ancien esprit d'intrigues brouillonnes, éclaira les joues pâles du prince.
– Merci, monsieur de Bragelonne, dit alors Monsieur; vous ne voudrez peut-être pas rendre à M. le prince la commission dont je voudrais vous charger, à savoir que son messager m'a été fort agréable; mais je le lui dirai moi-même. Raoul s'inclina pour remercier Monsieur de l'honneur qu'il lui faisait.
Monseigneur fit un signe à Madame, qui frappa sur un timbre placé à sa droite.
Aussitôt M. de Saint-Remy entra, et la chambre se remplit de monde.
– Messieurs, dit le prince, Sa Majesté me fait l'honneur devenir passer un jour à Blois; je compte que le roi, mon neveu, n'aura pas à se repentir de la faveur qu'il fait à ma maison.
– Vive le roi! s'écrièrent avec un enthousiasme frénétique les officiers de service, et M. de Saint-Remy avant tous.
Gaston baissa la tête avec une sombre tristesse; toute sa vie, il avait dû entendre ou plutôt subir ce cri de: «Vive le roi!» qui passait au-dessus de lui. Depuis longtemps, ne l'entendant plus, il avait reposé son oreille, et voilà qu'une royauté plus jeune, plus vivace, plus brillante, surgissait devant lui comme une nouvelle, comme une plus douloureuse provocation.
Madame comprit les souffrances de ce cœur timide et ombrageux; elle se leva de table, Monsieur l'imita machinalement, et tous les serviteurs, avec un bourdonnement semblable à celui des ruches, entourèrent Raoul pour le questionner.
Madame vit ce mouvement et appela M. de Saint-Remy.
