
Mise au point
Mise au point
Clic !
Masklinn se laissa glisser avec précaution le long d’un vieil emballage de hamburger.
Il venait d’observer les humains. Il y en avait des centaines et des centaines. L’impression que grimper à bord d’un jet n’allait pas ressembler à un vol de camion venait de poindre en lui.
Angalo et Gurder, la mine morose, blottis au plus profond des détritus, mâchonnaient les vestiges gras d’une vieille frite froide.
Ça nous a fait un choc à tous, se dit Masklinn.
Tenez, prenez Gurder. Dans le Grand Magasin, c’était l’Abbé. Il croyait qu’Arnold Frères avait édifié le Grand Magasin à l’intention des gnomes. Et il est toujours convaincu qu’existe quelque part une sorte d’Arnold Frères qui nous observe parce que nous sommes des gens importants. Et maintenant que nous sommes ici, la seule chose que nous ayons découverte, c’est que les gnomes ne comptent pas pour grand-chose…
Et puis il y a Angalo. Il ne croit pas en Arnold Frères, lui, mais il aime penser qu’Arnold Frères existe, rien que pour pouvoir continuer à ne pas croire en lui.
Et il y a moi.
Je n’aurais jamais cru que c’était aussi difficile.
Pour moi, un jet, c’était simplement un camion avec plus d’ailes et moins de roues.
Il y a ici davantage d’humains que je n’en ai jamais vu de ma vie. Comment pourrions-nous trouver le Petit-Fils Richard Quadragénaire en un tel endroit ?
J’espère qu’ils vont me garder un bout de frite…
Angalo leva les yeux vers lui.
— Tu l’as vu ? demanda-t-il sur un ton sarcastique.
Masklinn haussa les épaules.
— Ça ne manque pas d’humains avec des barbes, répondit-il. Pour moi, ils se ressemblent tous.
— Je te l’avais bien dit, répliqua Angalo (en jetant à Gurder un regard mauvais). La foi aveugle, ça ne sert à rien.
— Il est peut-être déjà parti, poursuivit Masklinn. Il aurait pu me croiser sans que je m’en aperçoive.
