San-Antonio

Les anges se font plumer

A mon ami Pierre TOLLET, romancier au cœur pur, avec le mien pourtant…

S.-A.

Les personnages de ce récit…, etc., etc., qu’une coïncidence !

S.-A.

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

La première chose que je vois en pénétrant dans mon burlingue, c’est un magnifique pot de géraniums posé sur le radiateur du chauffage central.

Ensuite mon regard se porte sur Pinaud, qui, en veston, le chapeau sur le crâne, est occupé à repasser son pantalon. Les pans de sa limace passent sous sa veste et ses calcifs à fleurs sont muselés du bas par des fixe-chaussettes à changement de vitesse.

Abasourdi, je regarde la scène. Mon valeureux équipier se retourne et me jette un bon sourire.

— Je suis venu dans ton bureau à cause de la prise électrique, explique-t-il. C’est le café d’en bas qui m’a prêté le fer…

Ses fesses en goutte d’huile pendent dans le calbar comme un regard d’enfant de Marie. Il s’active avec une certaine noblesse. Le fer fait fumer le pantalon et lui arrache une épouvantable odeur de crasse chaude.

— T’as jamais entendu parler du pressing, Pinuche ?

— J’ai été pris de court, m’explique-t-il. Figure-toi que ma femme m’a téléphoné… Elle avait oublié qu’on allait chez les Larose ce soir… Des gens du monde… Lui, tripier en gros, si tu vois ce que je veux dire ? Comme je n’aurais pas eu le temps d’aller à la maison pour me changer, vu qu’il y a un conseil chez le Vieux en fin de journée…

Il pose le fer à même une pile de dossiers qui en profitent pour roussir.

Je stoppe l’incendie en traitant mon éminent collègue de noms introuvables sur le calendrier des Postes.



1 из 112