
— Oui.
Elle me jette un regard tout bleu afin de prendre mes mesures. Ecoutez, bande de tartes à la crème fouettée, j’ai vu déjà bien des nanas voraces, mais jamais encore des comme celle-ci. Elle est à poil sous sa robe, la chérie… Et ses yeux vous disent gentiment : « Où est-ce qu’on se met ? » Elle doit aimer les malabars de mon gabarit.
Comme elle s’exprime sans l’ombre d’un accent, je questionne à mon tour :
— Française aussi ?
— Non, allemande !
Vlan ! Du coup, je dégode un peu.
— Vous parlez pourtant un français sans bavure…
— J’ai fait mes études à Paris…
— Vous êtes en vacances ici ?
— Non, j’y habite… Ma sœur a épousé le fils du patron.
Je lui file un coup de saveur encourageant qui lui va droit à la cible.
— Si vous avez besoin de cours du soir, pour parfaire votre syntaxe, faites-moi signe !
Elle a un sourire un peu énigmatique. Moi je freine sur le baratin car Félicie qui poireaute dans la bagnole me lance des regards de détresse.
— On peut descendre nos valises et nous conduire à nos chambres ?
— Naturellement.
Elle appelle :
— Gigi !
Un garçon en veste blanche, brun comme tout l’anthracite de la Ruhr, s’avance, souriant. La blonde allemande lui explique le pourquoi du comment du chose et il se précipite vers ma calèche.
Quatre minutes plus tard, nous pénétrons dans nos chambres. Cet hôtel est absolument charmant. Il y a des divans modernes, avec des tablettes de couleur… Une salle de bains époustouflante avec bidet carrossé par Ferrari, changement de vitesse automatique, freins à tambour et injection directe, comme la Mercedes 300 SL ! Des couleurs vives, une propreté qui ravit Félicie… Du soleil à faire bronzer un cachet d’aspirine ! Je me sens du bonheur dans le tiroir de la cravate.
Nous faisons un brin de toilette, ma dabuche et moi, et nous descendons dans la salle à grailler où une trentaine de pensionnaires sont en train de tortorer du spaghetti. Du haut de l’escadrin surplombant la salle, je les bigle presto. Parmi eux se trouve l’envoyé des AAl brothers… C’est fatal, le grand rencart étant pour domani !
