
— Un instant…
Il n’a pas refermé son tiroir. Il en sort, comme un prestidigitateur sort de son chapeau les objets les plus idiots, un stylo d’assez forte dimension…
— Prenez ça !
— Qué zaco ?
— Vous le voyez : un stylographe… Enfin, en apparence. Seulement, dans le corps de remplissage se trouve un explosif d’une extrême puissance. Avec ce simple objet, vous pouvez faire sauter l’immeuble…
— Fichtre ! Et vous voulez que je me promène avec ça ?
— Il est inoffensif tant que vous ne le « préparez » pas…
N’empêche que je considère ce Waterman avec une certaine inquiétude. Vive la pointe Bic, les gnards !
— Et comment le prépare-t-on ?
— C’est simple, regardez…
Il saisit la plume et l’ôte. Puis il dévisse l’autre extrémité du stylo.
— Il vous suffit d’introduire la plume à l’intérieur du réservoir. Vous revissez et déposez le stylographe sur les lieux où doit se produire l’explosion… Celle-ci intervient cinq minutes plus tard très exactement… N’oubliez pas…
J’en bave de stupeur.
— C’est formidable !
— Non, ingénieux. La plume comporte une particule de radium qui agit sur l’explosif au bout du laps de temps que je viens de vous indiquer…
Je m’empare du stylo dont il a remis la plume en place.
— Hé, dites, Chef, les effets de la plume ne peuvent-ils pas se faire sentir à la longue, sans qu’on ait à l’introduire dans le réservoir ?
— Du tout ! Le capuchon du stylo est pourvu d’une pellicule de plomb. Soyez sans inquiétude…
— Bon.
Je glisse le stylo dans ma poche en faisant des vœux très sincères pour qu’il ne débloque pas. Si jamais l’aimable fabricant qui a mis cette invention au point s’est gouré d’un quart de poil, on retrouvera le bon San-Antonio dans les hautes branches d’un platane.
— Vous avez bien compris, San-Antonio ?
