
C’était tout bonnement ahurissant. Sa casquette était des plus élégantes et sa veste bleue, bien boutonnée, était aussi neuve que distinguée. Il en allait de même pour son pantalon. L’inconnu portait des souliers et une cravate de teinte vive. Il était si bien mis, il avait tellement l’air d’un citadin que Tom en éprouva comme un coup au creux de l’estomac. Plus Tom considérait cette merveille de l’art, plus il regardait de haut un pareil étalage de luxe, plus il avait conscience d’être lui-même habillé comme un chiffonnier. Les deux garçons restaient muets. Si l’un faisait un mouvement, l’autre l’imitait aussitôt, mais ils s’arrangeaient pour tourner l’un autour de l’autre sans cesser de se dévisager et de se regarder dans le blanc des yeux. Enfin Tom prit la parole.
«J’ai bonne envie de te flanquer une volée, dit-il.
– Essaie un peu.
– Ça ne serait pas difficile.
– Tu dis ça, mais tu n’en es pas capable.
– Pas capable?
– Non, tu n’oseras pas.
– Si!
– Non!»
Un moment de silence pénible, puis Tom reprit:
«Comment t’appelles-tu?
– Ça ne te regarde pas.
– Si tu le prends sur ce ton, gare à toi.
– Viens-y donc.
– Encore un mot et tu vas voir.
– Un mot… un mot… tiens, ça en fait des tas tout ça. Eh bien, vas-y!
– Oh! Tu te crois malin, hein? Tu ne sais pas que je pourrais te flanquer par terre d’une seule main si je le voulais.
– Qu’est-ce que tu attends?
– Ça ne va pas tarder si tu continues.
– Je connais la chanson. Il y a des gens qui sont restés comme ça pendant cent sept ans avant de se décider.
– Dégourdi, va! Tu te prends pour quelqu’un, hein? Oh! en voilà un chapeau!
