
Tandis que s’allongeaient les ombres, forcissait la bise. A force de grelottements au travers des moellons du mur, elle produisait un menu geignement suraigu. «#nbsp#Je déteste ce bruit, déclara Géant du haut de ses trois pommes. Me fait l’effet qu’y a un bébé dans les broussailles, à vagir pour avoir son lait.#nbsp#»
Quand son circuit le ramena auprès des chiens, Chett trouva Fauvette qui l’attendait. «#nbsp#Les officiers sont de nouveau sous la tente au Vieil Ours. Ça cause que plaies et bosses.
#longdash##nbsp#Leur truc à eux, dit Chett. C’est que du beau monde, à part Blane, ça se saoule à l’épée plutôt qu’au pinard.#nbsp#»
Fauvette se rapprocha d’un air furtif. «#nbsp#Y a Cerv’las qu’arrête pas, ’vec son oiseau, prévint-il, tout en scrutant les alentours pour s’assurer qu’aucune oreille ne traînait par là. V’là main’nant qu’y d’mande si on a planqué du grain pour son foutu bétail.
#longdash##nbsp#C’est un corbeau, dit Chett. Y bouffe des cadavres.#nbsp#»
Fauvette s’épanouit. «#nbsp#Çui à Cerv’las, p’t-êt’?#nbsp#»
Ou le tien.#nbsp#Aux yeux de Chett, le malabar leur serait plus précieux que Fauvette. «#nbsp#T’inquiète, pour P’tit Paul, tu veux#nbsp#? Tu joues ton rôle, y jouera l’ sien.#nbsp#»
Le crépuscule se faufilait à travers les bois quand, débarrassé du Sœurois, Chett s’assit pour affûter sa lame. C’était putain dur à faire avec des gants, mais il n’était pas près de les retirer. Froid comme il faisait, le corniaud qui touchait l’acier à main nue s’y paumait un lambeau de peau.
Les chiens se mirent à gémir quand le soleil eut disparu. Il les abreuva d’eau et de malédictions. «#nbsp#Encore une demi-nuit, et vous vous dégotterez de quoi festoyer.#nbsp#» Là-dessus lui parvint le fumet du souper.
Dywen était en train de pérorer devant le feu lorsque Chett reçut des mains d’Hake le cuistot son bol de soupe au lard et aux fayots et son quignon de pain de munition. «#nbsp#Les bois sont trop silencieux, disait le vieux forestier. Pas d’ grenouilles près d’ la rivière et pas d’hiboux dans l’ noir. Jamais entendu d’ bois pus morts qu’ ça.
