
Les rangs des gnomes commencèrent à se clairsemer. Les causes naturelles avaient été responsables d’une grosse partie des pertes. Quand on mesure dix centimètres, les causes naturelles regroupent tout ce qui a des crocs, de la vitesse et un solide appétit. Et puis une nuit, Pyrrince, certainement le plus aventureux d’entre eux tous, avait lancé une expédition de la dernière chance vers l’autre côté de la voie rapide, pour explorer les bois d’en face. Personne n’était jamais revenu. Pour certains, c’était la faute des buses. Pour d’autres, d’un camion. Un troisième groupe prétendait même qu’ils étaient parvenus à mi-chemin et qu’ils étaient désormais prisonniers du terre-plein central, entre deux interminables files de bolides.
Ensuite, on avait construit le café en bordure d’autoroute, un peu plus loin. La situation s’était quelque peu améliorée. Du moins, selon la vision qu’on avait des choses. Si on considérait des frites froides abandonnées et des miettes de poulet gris comme de la nourriture, alors tout le monde avait suffisamment à manger.
Et puis le printemps était arrivé. Masklinn regarda autour de lui et découvrit qu’ils n’étaient plus que dix, dont huit trop vieux pour se mouvoir aisément. Le vieux Torritt avait presque dix ans.
Ils avaient vécu un été épouvantable. Grimma avait chargé ceux qui en étaient encore capables de raids nocturnes sur les poubelles, et Masklinn s’était risqué à chasser.
Chasser tout seul, c’était mourir un peu à chaque sortie. Le gibier, en général, vous considérait aussi comme du gibier. Et même quand vous aviez de la chance et que vous tuiez quelque chose, comment vouliez-vous rapporter votre proie à la maison ? Le rat avait exigé deux jours d’efforts, y compris les périodes de retranchement nocturne, passées à repousser les attaques d’autres bestioles.
