
Je me suis poliment enquis de notre destination. Le soldat le plus proche de moi – un adolescent costaud auquel il manquait quelques dents – a haussé les épaules et a fait mine de me menacer de la crosse de son fusil.
Ils ont pris l’appareil photo de Hitch. Il ne l’a jamais récupéré. Sa moto non plus, d’ailleurs. L’armée était mesquine dans ce genre de situations.
Nous avons roulé presque dix-huit heures d’affilée dans ce camion avant de passer la nuit en prison à Bangkok, chacun dans une cellule et avec interdiction de communiquer. J’ai appris plus tard qu’une équipe d’évaluation des risques – américaine – voulait nous « débriefer » (c’est-à-dire nous interroger) avant que nous parlions à la presse, aussi sommes-nous restés assis en isolement avec des seaux pour tout sanitaire, tandis qu’en divers emplacements du globe divers messieurs bien habillés réservaient une place sur un vol à destination de l’aéroport Don Muang. Ce qui prend du temps.
Six ou sept petits kilomètres me séparaient de l’hôpital dans lequel l’ambassade avait envoyé ma femme et ma fille, mais je n’en savais rien, et Janice non plus.
Kaitlin a saigné de l’oreille jusqu’à l’aube.
Le second diagnostic de Docteur Dexter s’est confirmé. Kaitlin avait été infectée par une vilaine bactérie multi-résistante qui lui avait aussi nettement dissous le tympan – m’a dit un docteur – que si on lui avait versé de l’acide dans l’oreille. Les petits os et les tissus nerveux environnants avaient eux aussi été touchés avant que les doses massives de fluoroquinolones ne viennent à bout de l’infection. Le soir suivant, deux choses étaient claires.
