Leurs autres questions portaient sur l’objet de Chumphon : comment nous en avions entendu parler, quand nous l’avions vu pour la première fois, à quelle distance nous nous en étions approchés et quelles étaient nos « impressions » à son sujet. Un gardien de prison thaï a vaguement supervisé le prélèvement par un toubib américain d’échantillons de sang et d’urine pour analyses complémentaires. Puis les costard-cravate nous ont remerciés et promis de nous faire libérer dès que possible.

Le lendemain, trois autres messieurs tout aussi polis et munis de nouvelles accréditations nous ont posé les mêmes questions avant de nous faire les mêmes promesses.

On a fini par nous relâcher. On nous a restitué une partie du contenu de nos portefeuilles avant de nous laisser retrouver la chaleur et la puanteur de Bangkok, quelque part du mauvais côté du fleuve Chao Phraya. Livrés à nous-mêmes et sans un sou, nous avons marché jusqu’à l’ambassade où j’ai harcelé un fonctionnaire jusqu’à ce qu’il nous avance de quoi acheter un aller simple en bus pour Chumphon et nous laisse passer gratuitement quelques coups de fil depuis son poste.

J’ai voulu joindre Janice à notre baraque de location. Aucune réponse. Comme c’était l’heure du dîner, j’ai pensé que Kait et elle étaient sorties acheter de quoi manger. J’ai essayé de contacter notre propriétaire (un Britannique grisonnant du nom de Bedford) mais n’ai obtenu que sa messagerie vocale.

Un sympathique membre du personnel de l’ambassade nous a alors ostensiblement rappelé de ne pas rater notre bus.


Je suis arrivé à la baraque bien après minuit, toujours persuadé que j’y retrouverais Janice et Kaitlin, que Janice m’en voudrait jusqu’à ce que je lui raconte ce qu’il m’était arrivé et que s’ensuivrait une réconciliation larmoyante, voire un peu de passion dans la foulée.



14 из 296