Hongkong. L'île est là sur la carte, noire et nette, fermant comme un verrou cette Rivière des Perles sur laquelle s'étend la masse grise de Canton, avec ses pointillés qui indiquent des faubourgs incertains à quelques heures à peine des canons anglais. Des passagers, chaque jour, regardent sa petite tache noire comme s'ils en attendaient quelque révélation, inquiets d'abord, angoissés maintenant, et anxieux de deviner quelle sera la défense de ce lieu dont dépend leur vie - le plus riche rocher du monde.

S'il est atteint, ramené plus ou moins tôt au rang de petit port, si, plus simplement encore, il s'affaiblit, c'est que la Chine peut trouver les cadres qui, jusqu'ici, lui ont manqué pour lutter contre les blancs, et la domination européenne va s'écrouler. Les marchands de coton ou de cheveux avec qui je voyage sentent cela d'une façon aiguë, et rien n'est plus singulier que de lire sur leurs visages angoissés (mais que va devenir la Maison ?) la répercussion de la lutte formidable entreprise par l'empire même du désordre, organisé tout à coup, contre le peuple qui représente, plus qu'aucun autre, la volonté, la ténacité, la force.

Un grand mouvement sur le pont. Les passagers s'empressent, se poussent, se serrent les uns contre les autres : voici la feuille des radios.

Suisse, Allemagne, Tchéco-Slovaquie, Autriche, passons, passons. - Russie, voyons. Non, rien d'intéressant. Chine, ah !

Moukden : Tchang-Tso-Lin...

Passons.

Canton.

Les passagers les plus éloignés, pour s'approcher, nous serrent contre la paroi.

Les cadets de l'école militaire de Whampoa, commandés par des officiers russes et formant l'arrière-garde d'une immense procession d'étudiants et d'ouvriers, ont ouvert le feu sur Shameen(1). Les matelots européens chargés de protéger les ponts ont riposté avec des mitrailleuses. Les cadets poussés par les officiers russes se sont élancés plusieurs fois à l'assaut des ponts. Ils ont été repoussés avec de grosses pertes.



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