
– Toutes vos compagnes ont fait de beaux mariages, ma chère amie. – Ah! ma pauvre mère en mourra! – Elle veut être Marquise, elle sera Duchesse avec le tabouret. – Ah! Sire, que vous êtes généreux! Mais le ciel! – Il n'a jamais fait si beau que ce matin depuis le Ier de juin."
Voilà qui eût été insupportable. Mais avec mademoiselle de Coulanges, rien de semblable: douceur parfaite… c'était la plus naïve et la plus innocente des pécheresses; elle avait un calme sans pareil, un imperturbable sang-froid dans son bonheur, qui lui semblait tout simplement le plus grand qui fût au monde. Elle ne pensait pas une fois dans la journée ni à la veille ni au lendemain, ne s'informait jamais des maîtresses qui l'avaient précédée, n'avait pas l'ombre de jalousie ni de mélancolie, prenait le Roi quand il venait, et, le reste du temps, se faisait poudrer, friser et épingler, en racine droite, en frimas et en repentirs; se regardait, se pommadait, se faisait la grimace dans la glace, se tirait la langue, se souriait, se pinçait les lèvres, piquait les doigts de sa femme de chambre, la brûlait avec le fer à papillotes, lui mettait du rouge sur le nez et des mouches sur l'oeil; courait dans sa chambre, tournait sur elle-même jusqu'à ce que sa pirouette eût fait gonfler sa robe comme un ballon, et s'asseyait au milieu en riant à se rouler par terre. Quelquefois (les jours d'étude), elle s'exerçait à danser le menuet avec une robe à panier et à longue queue, sans tourner le dos au fauteuil du Roi, mais c'était là la plus grave de ses méditations et le calcul le plus profond de sa vie; et, par impatience, elle déchirait de ses mains la longue robe moirée qu'elle avait eu tant de peine à faire circuler dans l'appartement. Pour se consoler de ce travail, elle se faisait peindre au pastel, en robe de soie bleue ou rose, avec des pompons à tous les noeuds du corset, des ailes au dos, un carquois sur l'épaule et un papillon noyé dans la poudre de ses cheveux; on nommait cela: Psyché ou Diane chasseresse, et c'était fort de mode.
