Elle faillit glisser, se rattrapa de justesse, retourna sachaussure, constata qu’un chewing-gum rose couronnait le bout du talon enbakélite mauve de son escarpin en crocodile rouge.

— Manquait plus que ça ! s’exclama-t-elle. MesDior toutes neuves !

Elle avait jeûné cinq jours pour les acheter. Et dessiné unedizaine de boutonnières pour sa copine Laura.

J’ai compris, c’est pas ma soirée. Je vais rentrer mecoucher avant que les mots « Reine des pommes » ne s’impriment surmon front. Qu’est-ce qu’il avait dit déjà ? Tu vas chez Sybil Garsonsamedi soir ? Grosse, grosse fête. On pourrait se retrouver là-bas. Elleavait fait la moue, mais noté la date et l’expression. Se retrouver signifierepartir ensemble bras dessus bras dessous. Ça valait le coup d’y réfléchir.Elle avait failli dire et tu y vas seul ou avec la Peste ?, s’étaitreprise à temps – surtout ne pas reconnaître l’existence de CharlotteBradsburry, l’ignorer, l’ignorer – et avait commencé à supputer les moyensde se faire inviter. Sybil Garson, icône des journaux people, Anglaise de hautelignée, naturellement élégante, naturellement arrogante, n’invitant chez elleaucune créature étrangère – encore moins française – à moins qu’ellene s’appelle Charlotte Gainsbourg, Juliette Binoche ou ne traîne dans sonsillage le somptueux Johnny Depp. Moi, Hortense Cortès, plébéienne, inconnue,pauvre et française, je n’ai aucune chance. Ou j’enfile le tablier blanc del’extra et passe les saucisses. Plutôt périr !

Il avait dit on se retrouve là-bas. Le « on »signifiait bien lui et moi, moi et lui, moi, Hortense Cortès et lui, Gary Ward.



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