
Leto observa sa sœur durant un instant.
« Tu connais la réponse aussi bien que moi. Lorsqu’ils sont arrivés sur Arrakis, leurs personnalités étaient déjà fixées. La transe de l’épice… eh bien… (Il eut un haussement d’épaules las.) Ils n’étaient pas natifs de ce monde, ils n’y avaient pas reçu l’héritage de leurs ancêtres. Alia, de son côté…»
« Pourquoi n’a-t-elle pas cru aux mises en garde du Bene Gesserit ? demanda Ghanima en se mordant la lèvre inférieure. Elle avait les mêmes sources d’information que nous. »
« Les Sœurs l’appelaient déjà l’Abomination. Est-ce que tu aurais envie de voir si tu peux être plus forte que toutes ces…»
« Non, je n’en ai pas envie ! »
Ghanima évita le regard incisif de son frère et frémit. Il lui suffisait de consulter sa mémoire génétique pour découvrir l’éclatant relief des avertissements du Bene Gesserit. Les pré-nés tendaient généralement à devenir d’haïssables adultes. Et la cause probable… Elle frémit de nouveau.
« Dommage que nous n’ayons pas quelques pré-nés parmi nos ancêtres », dit Leto.
« Peut-être en avons-nous. »
« Dans ce cas… Ah, oui… La vieille question sans réponse, avons-nous vraiment libre accès à la totalité des expériences et souvenirs de nos ancêtres ? »
Par la turbulence de ses propres émotions, Leto savait à quel point ces paroles devaient inquiéter sa sœur. Bien des fois, ils s’étaient ensemble posé la question, sans jamais y trouver de réponse.
« Chaque fois qu’elle nous incitera à la transe, nous devrons atermoyer, atermoyer sans cesse. Prendre garde à la surdose d’épice, telle est notre meilleure défense. »
« Une surdose demande beaucoup d’épice », observa Ghanima.
« Notre tolérance est certainement élevée. Il suffit de considérer ce qu’Alia doit absorber. »
« J’ai pitié d’elle. Elle a dû subir si longtemps cet attrait, cette approche lente et sournoise, jusqu’au moment où…»
