
Tout comme moi.
Les gardes ouvrirent les sceaux de l’entrée officielle du sietch et s’écartèrent. Alia s’avança sur la plate-forme où étaient posés les ornis. La journée était claire, à peine embrumée par le vent de sable. Elle perçut l’accélération de ses pensées à la seconde même où elle quittait la clarté des brilleurs pour celle du soleil.
Pourquoi Jessica revenait-elle aujourd’hui ? Certaines rumeurs avaient-elles fini par atteindre Caladan ? Ces rumeurs qui disaient que la Régence…
« Il faut nous hâter, Ma Dame ! » lança l’un des gardes dans le sifflement du vent.
Tandis qu’on l’aidait à monter à bord et à passer le harnais de sécurité, Alia donna libre cours à ses pensées.
Pourquoi maintenant ?
A l’instant où s’inclinaient les ailes de l’orni, tandis que l’appareil glissait sur les courants ascendants, elle eut une conscience physique de l’éclat et de la force de sa position, mais c’était là des éléments fragiles, si fragiles !
Pourquoi maintenant ? se demanda-t-elle encore.
Pourquoi, alors que ses plans avaient presque abouti ?
Les nappes de poussière se déchirèrent en s’écartant et Alia découvrit le paysage changeant sous un clair soleil, les vastes archipels de végétation qui se déployaient là où, jadis, il n’y avait eu que la terre aride.
Je peux échouer si je n’ai pas cette vision de l’avenir. Si seulement je pouvais voir, tout comme Paul, je pourrais accomplir des merveilles ! Et moi, je ne connaîtrai pas l’amertume de la prescience, oh, non !
Elle éprouvait soudain une soif douloureuse, et un frisson la parcourut. Elle aurait tant voulu rejeter son pouvoir, être comme les autres, aveugle dans la nuit la plus sûre, vivre la semi-existence hypnoïde dans laquelle le choc de la naissance projetait la plupart des êtres. Mais non ! Elle était de sang Atréides, née d’une mère intoxiquée par l’épice, victime d’une perception qui plongeait loin dans les siècles.
