
Le sourire d’Alia devint plus intérieur. Les jumeaux, en vérité, étaient des enfants. Des enfants aux parents innombrables doués de leur mémoire propre en même temps que de celle des autres. Sur la plate-forme, au seuil du sietch, ils observaient le sillage du vaisseau de leur grand-mère glissant vers le Bassin Arrakeen. Cette trace ardente dans le ciel de la planète donnerait-elle plus de réalité à la venue de Jessica ?
Elle va m’interroger à propos de leur éducation, se dit Alia.
Suis-je suffisamment judicieuse dans la répartition des disciplines prana et bindu ? Je lui répondrai que les jumeaux s’éduquent par eux-mêmes, ainsi que je l’ai fait. Et je lui citerai son propre petit-fils : « Parmi les responsabilités du gouvernement, il y a le devoir de punir… mais seulement quand la victime l’exige. »
Il vint alors à l’idée d’Alia que si elle incitait Jessica à porter toute son attention sur les jumeaux, certaines autres personnes pourraient échapper à un examen trop poussé.
Cela était possible. Leto était très semblable à Paul. Quoi d’étrange ? Il pouvait être Paul selon son gré. Ghanima, elle aussi, possédait ce don terrifiant.
Tout comme je puis être ma mère ainsi que tous ceux qui ont laissé leur vie en moi.
Alia repoussa cette pensée à l’instant où l’orni survolait la région du Mur du Bouclier. Puis elle songea : Comment était-ce donc, pour elle, de quitter la douceur de Caladan, la sécurité de l’eau pour retrouver Arrakis, ce monde désertique où l’on a assassiné son Duc, où son fils est mort en martyr ?
Pourquoi Dame Jessica revenait-elle à cette heure ?
Alia ne pouvait discerner la moindre réponse sûre. Elle pouvait partager les perceptions d’un ego étranger, mais lorsque les expériences suivaient des cours divergents, les motivations divergeaient de même. Le noyau des décisions résidait dans chacune des actions propres à l’individu.
