
Jessica n’avait pas un frémissement. Ses bras étaient toujours levés au-dessus de la foule qu’elle dominait et paralysait. Pourtant, elle n’en lisait pas moins clairement les rumeurs qui se répandaient et, entre toutes, celle qui avait été implantée : La Révérende Mère est revenue pour éclaircir les rangs des moins zélés. Bénie soit la Mère de Notre Seigneur !
Elle ne baissa les bras que lorsque tout fut terminé : quelques corps étendus sur le sable, des prisonniers enfermés dans les soutes de la tour de débarquement. Il ne s’était pas écoulé plus de trois minutes. Elle savait qu’il était peu probable que Gurney et ses hommes aient réussi à s’emparer des têtes du complot, des hommes les plus intelligents, les plus intuitifs, ceux qui représentaient la menace la plus sérieuse. On pouvait cependant espérer une prise intéressante parmi tous les captifs, lorsque les imbéciles et les incapables auraient été écartés.
A la seconde où Jessica baissa les bras, la foule des fidèles se releva avec un seul cri.
Seule, une fois encore, elle reprit sa marche, comme si nul incident n’était intervenu. Évitant sa fille, elle se concentra sur Stilgar. Elle remarqua les traces grises dans le flot noir de sa barbe qui jaillissait du haut de son distille en un delta touffu. Pourtant, dans son regard, elle retrouvait la même intensité que lors de leur toute première rencontre dans le désert. Stilgar savait ce qui venait de se passer et il l’approuvait. En véritable naib des Fremen, en chef absolu capable des plus sanglantes mesures. Ses premiers mots soulignèrent son attitude :
« Bienvenue en votre maison, Ma Dame. C’est toujours un plaisir pour moi que le spectacle d’une action efficace et directe. »
Jessica se permit un sourire discret.
« Faites fermer le port, Stil. Que nul ne puisse en sortir avant que nous ayons interrogé les prisonniers. »
« C’est chose faite, Ma Dame. J’ai travaillé sur ce plan avec les hommes de Gurney. »
