Mais cela pouvait-il s’appliquer à Jessica ? Certes non. Donc, elle se donnait une attitude. Dans quel but ? Cette nouvelle question troublait Irulan.

Bruyamment, les prêtres s’agglutinaient autour de la mère de Muad’Dib. Quelques-uns seulement osaient poser la main sur son bras, la plupart se prosternaient en psalmodiant des souhaits de bienvenue. Ce fut enfin le tour des supérieurs qui, se pliant au protocole – le premier sera le dernier – se présentèrent devant la Très Sainte Révérende Mère pour l’inviter, avec le sourire de circonstance, à la cérémonie officielle de Lustration qui allait avoir lieu au Donjon, l’ancienne forteresse de Muad’Dib.

Jessica dévisagea les deux prêtres et les trouva repoussants. L’un se nommait Javid. Il était jeune, l’air hostile en dépit de ses joues rebondies. Dans la pénombre de ses orbites, elle lut distinctement tous ses soupçons. L’autre, qui répondait au prénom de Zebataleph, était le second fils d’un naib qu’elle avait connu durant les anciens jours d’Arrakis. Il ne manqua pas de le lui rappeler. Celui-là était facile à classer : impitoyable et paillard, barbe blonde encadrant un visage mince, il dégageait une impression d’émotions secrètes et de savoir profond. Pour Jessica, à l’évidence, Javid était le plus dangereux. Un être secret, tout à la fois magnétique et – elle ne pouvait trouver d’autre qualificatif – repoussant. Il s’exprimait, pensa-t-elle, avec un étrange accent, tout imprégné de fremen ancien, comme s’il était natif de quelque communauté isolée.

« Dites-moi, Javid, demanda-t-elle, d’où venez-vous ? »



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