
– Est-ce en français, demanda le major, en anglais ou en allemand que vous allez faire cette traduction?
– En français, répondit Glenarvan, puisque la plupart des mots intéressants nous ont été conservés dans cette langue.
– Votre honneur a raison, dit John Mangles, et d’ailleurs ce langage nous est familier.
– C’est entendu. Je vais écrire ce document en réunissant ces restes de mots et ces lambeaux de phrase, en respectant les intervalles qui les séparent, en complétant ceux dont le sens ne peut être douteux; puis, nous comparerons et nous jugerons.»
Glenarvan prit aussitôt la plume, et, quelques instants après, il présentait à ses amis un papier sur lequel étaient tracées les lignes suivantes: 7 juin 1862 trois-mâts Britannia Glasgow sombré… Etc.
En ce moment, un matelot vint prévenir le capitaine que le Duncan embouquait le golfe de la Clyde, et il demanda ses ordres.
«Quelles sont les intentions de votre honneur? dit John Mangles en s’adressant à lord Glenarvan.
– Gagner Dumbarton au plus vite, John; puis, tandis que lady Helena retournera à Malcolm-Castle, j’irai jusqu’à Londres soumettre ce document à l’amirauté.»
John Mangles donna ses ordres en conséquence, et le matelot alla les transmettre au second.
«Maintenant, mes amis, dit Glenarvan, continuons nos recherches. Nous sommes sur les traces d’une grande catastrophe. La vie de quelques hommes dépend de notre sagacité. Employons donc toute notre intelligence à deviner le mot de cette énigme.
– Nous sommes prêts, mon cher Edward, répondit lady Helena.
– Tout d’abord, reprit Glenarvan, il faut considérer trois choses bien distinctes dans ce document: 1) les choses que l’on sait; 2) celles que l’on peut conjecturer; 3) celles qu’on ne sait pas. Que savons-nous? Nous savons que le 7 juin 1862 un trois-mâts, le Britannia, de Glasgow, a sombré; que deux matelots et le capitaine ont jeté ce document à la mer par 37°11’ de latitude, et qu’ils demandent du secours.
