
– Cela, répondit un des matelots, c’est un morceau de roc que la bête aura avalé pour se lester.
– Bon! reprit un autre, c’est bel et bien un boulet ramé que ce coquin-là a reçu dans le ventre, et qu’il n’a pas encore pu digérer.
– Taisez-vous donc, vous autres, répliqua Tom Austin, le second du yacht, ne voyez-vous pas que cet animal était un ivrogne fieffé, et que pour n’en rien perdre il a bu non seulement le vin, mais encore la bouteille?
– Quoi! s’écria lord Glenarvan, c’est une bouteille que ce requin a dans l’estomac!
– Une véritable bouteille, répondit le maître d’équipage. Mais on voit bien qu’elle ne sort pas de la cave.
– Eh bien, Tom, reprit lord Edward, retirez-la avec précaution; les bouteilles trouvées en mer renferment souvent des documents précieux.
– Vous croyez? dit le major Mac Nabbs.
– Je crois, du moins, que cela peut arriver.
– Oh! je ne vous contredis point, répondit le major, et il y a peut-être là un secret.
– C’est ce que nous allons savoir, dit Glenarvan.
– Eh bien, Tom?
– Voilà, répondit le second, en montrant un objet informe qu’il venait de retirer, non sans peine, de l’estomac du requin.
– Bon, dit Glenarvan, faites laver cette vilaine chose, et qu’on la porte dans la dunette.»
Tom obéit, et cette bouteille, trouvée dans des circonstances si singulières, fut déposée sur la table du carré, autour de laquelle prirent place lord Glenarvan, le major Mac Nabbs, le capitaine John Mangles et lady Helena, car une femme est, dit-on, toujours un peu curieuse.
Tout fait événement en mer. Il y eut un moment de silence. Chacun interrogeait du regard cette épave fragile. Y avait-il là le secret de tout un désastre, ou seulement un message insignifiant confié au gré des flots par quelque navigateur désœuvré?
