
des goûts scandaleux et bizarres, des fantaisies humiliantes, et tout cela finit d’une part du désir de jouir sans risquer sa santé, de l’autre, d’une satiété pernicieuse qui blasant l’imagination, ne la laisse plus s’épanouir que par des excès et se rassasier que de dissolutions… Juliette corrompit entièrement ses mœurs dans cette seconde école et les triomphes qu’elle vit obtenir au vice dégradèrent totalement son âme; elle sentit que née pour le crime, au moins devait-elle aller au grand, et renoncer à languir dans un état subalterne qui en lui faisant faire les mêmes fautes, en l’avilissant également, ne lui rapportait pas à beaucoup près le même profit. Elle plut à un vieux seigneur fort débauché qui d’abord ne l’avait fait venir que pour l’aventure d’un quart d’heure, elle eut l’art de s’en faire magnifiquement entretenir et parut enfin aux spectacles, aux promenades à côté des cordons bleus de l’ordre de Cythère; on la regarda, on la cita, on l’envia et la friponne sut si bien s’y prendre qu’en quatre ans elle mina trois hommes, dont le plus pauvre avait cent mille écus de rentes.
Il n’en fallut pas davantage pour faire sa réputation; l’aveuglement des gens du siècle est tel, que plus une de ces malheureuses a prouvé sa malhonnêteté, plus on est envieux d’être sur sa liste, il semble que le degré de son avilissement et de sa corruption devienne la mesure des sentiments que l’on ose afficher pour elle.
Juliette venait d’atteindre sa vingtième année lorsqu’un comte de Lorsange, gentilhomme angevin âgé d’environ quarante ans, devint si tellement épris d’elle qu’il se résolut de lui donner son nom, n’étant pas assez riche pour l’entretenir; il lui reconnut douze mille livres de rentes, lui assura le reste de sa fortune qui allait à huit, s’il venait à mourir avant elle, lui donna une maison, des gens, une livrée, et une sorte de considération dans le monde qui parvint en deux ou trois ans à faire oublier ses débuts. Ce fut