
— Regardez ces glaciers qui dégringolent des passes et sont soufflés avant d’atteindre le fond de la vallée. C’est vraiment un endroit terrible.
— Oui.
— Ces vents catabatiques, qui descendent de la calotte polaire… rien ne peut les arrêter. Ils sont plus froids que la mort. Je me demande si la petite éolienne que nous avons installée ici y sera encore.
Elle y était. Ils en retirèrent la cartouche de données, la remplacèrent. Autour d’eux, l’énorme masse de roche brune se dressait jusqu’au ciel étoilé. Ils amorcèrent la descente.
— Pourquoi voulez-vous aller sur Mars, Frank ?
— Qu’est-ce que c’est ? Une nouvelle séance ?
— Non, non. Simple curiosité.
— Tu parles. Eh bien, j’ai envie d’essayer. J’ai envie d’essayer de vivre dans un endroit où on peut vraiment tenter de faire du neuf. De mettre en place de nouveaux systèmes, vous voyez. Je suis un enfant du Sud, comme vous. Sauf que le sud des États-Unis n’a pas grand-chose à voir avec le sud de la France. Nous avons été longtemps prisonniers de notre histoire. Et puis les choses se sont ouvertes, en partie parce que ça allait vraiment mal. Et en partie à cause des tornades qui venaient ravager la côte ! Ce qui nous donnait l’occasion de rebâtir. C’est ce que nous faisions, sauf que ça ne changeait pas beaucoup les choses. Pas assez, en tout cas. Et voilà pourquoi j’ai envie d’essayer à nouveau, Michel. C’est la vérité.
Il dit cela en regardant Michel comme pour souligner le fait que ce n’était pas seulement la vérité, mais encore une vérité qu’il exprimait rarement. Michel ne l’en aima que davantage après cela.
