Ivana est assez belle, malgré un visage étroit et une bouche trop grande ; un sourire nunuche illumine cette face d’accro de la paillasse, révélant soudain la déesse qui sommeille en elle. A partagé un prix Nobel de chimie, mais il faut bannir la pensée que c’est à ce sourire qu’elle le doit. Un sourire qui rend heureux. On lui donnerait le Nobel rien que pour le voir.


Simon Frazier : la force tranquille. Anglais. Éducation privée depuis l’âge de neuf ans. Une écoute remarquable. Parle bien, mais dix fois moins que les autres, ce qui lui vaut évidemment une réputation d’autiste. Il en joue calmement. Je pense qu’il en pince pour Ann, qui lui ressemble d’une certaine façon, bien que moins accentuée. Très différent par d’autres côtés. Ann ne joue pas de son image auprès des autres, elle en est complètement inconsciente – le sans-gêne américain par opposition à l’humour britannique de Simon.


Ann est une vraie beauté, mais un peu austère. Grande, anguleuse, osseuse, forte. De corps comme de visage. Elle attire le regard. Elle prend Mars très au sérieux. Les gens s’en rendent compte et l’apprécient pour ça. Ou non, c’est selon. Une ombre caractéristique.


Alexander Zhalin : autre puissance. Il aime les femmes de tous ses yeux. Certaines s’en rendent compte, d’autres non. Mary Dunkel et Janet Blyleven sont souvent avec lui. Un enthousiaste. Quoi qu’il ait en tête, ça devient l’horizon de toutes ses passions.


Nadia Cherneshevsky : peut paraître terne au premier abord, et puis on se rend compte que c’est l’une des plus belles. Ça vient de sa solidité – physique, intellectuelle et morale. Le roc sur lequel tout le monde s’appuie. Sa beauté physique réside dans sa forme athlétique – courte, ronde, râblée, preste, gracieuse, forte – et dans ses yeux : ses iris piquetés de points colorés, un tapis très dense, marron et vert, avec un peu de bleu et de jaune, toutes ces petites taches disposées en anneaux concentriques, troués de rayons selon un schéma aléatoire, fondus dans un seul regard en un ton proche du noisette. On pourrait plonger dans ces yeux et ne jamais en ressortir. Et elle vous rend votre regard sans crainte.



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