– Et ta sœur!»


Cette conversation s’échangeait sur le boulevard Malesherbes, un matin ensoleillé. Le mois de mai faisait renaître la nature et les pierrots parisiens piaillaient d’amour sur les arbres reverdis. Galamment, le prince Mony Vibescu tenait ces propos à une jolie fille svelte qui, vêtue avec élégance, descendait vers la Madeleine. Il la suivait avec peine tant elle marchait vite. Tout à coup, elle se retourna brusquement et éclata de rire:


«Aurez vous bientôt fini; je n’ai pas le temps maintenant. Je vais voir une amie rue Duphot, mais si vous êtes prêt à entretenir deux femmes enragées de luxe et d’amour, si vous un homme enfin, par la fortune et la puissance copulative, venez avec moi.»


Il redressa sa jolie taille en s’écriant:


«Je suis un prince Roumain, hospodar héréditaire.


– Et moi, dit-elle, je suis Culculine d’Ancône, j’ai dix-neuf ans, j’ai déjà vidé les couilles de dix hommes exceptionnels sous le rapport amoureux, et la bourse de quinze millionnaires.»


Et devisant agréablement de diverses choses futiles ou troublantes, le prince et Culculine arrivèrent rue Duphot. Ils montèrent au moyen d’un ascenseur jusqu’à un premier étage.


«Le prince Mony Vibescu… Mon amie Alexine Mangetout.»


La présentation fut faite très gravement par Culculine dans un boudoir luxueux décoré d’estampes japonaises obscènes.


Les deux amies s’embrassèrent en se passant des langues. Elles étaient grandes toutes deux, mais sans excès.


Culculine était brune, des yeux gris pétillants de malice, et un grain de beauté poilu ornait le bas de sa joue gauche. Son teint était mat, son sang affluait sous la peau, ses joues et son front se ridaient facilement attestant ses préoccupations d’argent et d’amour.


Alexine était blonde, de cette couleur tirant sur la cendre comme on ne la voit qu’à Paris. Sa carnation claire semblait transparente. Cette jolie fille apparaissait, dans son charmant déshabillé rose, aussi délicate et aussi mutine qu’une marquise friponne de l’avant-dernier siècle.



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