
– Très mal, répondit le moine, beaucoup plus difficile à calmer que le laïque, car vous m'avez mis en retard et j'étais fort pressé.
– Diable d'homme que vous êtes! répliqua Poulain; toujours belliqueux comme un Romain! Mais où diable courez-vous à cette heure avec tant de hâte? est-ce que le prieuré brûle?
– Non pas; mais j'étais allé chez madame la duchesse pour parler à Mayneville.
– Chez quelle duchesse?
– Il n'y en a qu'une seule, ce me semble, chez laquelle on puisse parler à Mayneville, dit Borromée, qui d'abord avait cru pouvoir répondre catégoriquement au lieutenant de la prévôté, parce que ce lieutenant pouvait le faire suivre, mais qui cependant ne voulait pas être trop communicatif avec le curieux.
– Alors, reprit Nicolas Poulain, qu'alliez-vous faire chez madame de Montpensier?
– Eh! mon Dieu! c'est tout simple, dit Borromée, cherchant une réponse spécieuse; notre révérend prieur a été sollicité par madame la duchesse de devenir son directeur; il avait accepté, mais un scrupule de conscience l'a pris, et il refuse. L'entrevue était fixée à demain: je dois donc, de la part de dom Modeste Gorenflot, dire à la duchesse qu'elle ne compte plus sur lui.
– Très bien; mais vous n'avez pas l'air d'aller du côté de l'hôtel de Guise, mon très cher frère; je dirai même plus, c'est que vous lui tournez parfaitement le dos.
– C'est vrai, reprit frère Borromée, puisque j'en viens.
– Mais où allez-vous alors?
– On m'a dit, à l'hôtel, que madame la duchesse était allée faire visite à M. de Mayenne, arrivé ce soir et logé à l'hôtel Saint-Denis.
– Toujours vrai. Effectivement, dit Poulain, le duc est à l'hôtel Saint-Denis, et la duchesse est près du duc; mais, compère, à quoi bon, je vous prie, jouer au fin avec moi? Ce n'est pas d'ordinaire le trésorier qu'on envoie faire les commissions du couvent.
