– Bien, voilà pour la religion religieuse, si l'on peut dire cela; et maintenant, en religion politique, qu'en dirons-nous? Sont-ils valois, ligueurs, politiques zélés, ou navarrais?


– Ils sont bandits et pillards.


– Monseigneur, ne supposez pas, dit Crucé, que nous irons jamais prendre ces gens pour alliés.


– Non, certes, je ne le suppose pas, monsieur Crucé, et c'est bien ce qui me contrarie.


– Et pourquoi cela vous contrarie-t-il, monseigneur? demandèrent avec surprise quelques membres de la députation.


– Ah! c'est que, comprenez bien, messieurs, ces gens-là qui n'ont pas d'opinion, et qui par conséquent ne fraternisent pas avec vous, voyant qu'il n'y a plus à Paris de magistrats, plus de force publique, plus de royauté, plus rien enfin de ce qui les contient encore, se mettront à piller vos boutiques pendant que vous ferez la guerre, et vos maisons pendant que vous occuperez le Louvre: tantôt ils se mettront avec les Suisses contre vous, tantôt avec vous contre les Suisses, de façon qu'ils seront toujours les plus forts.


– Diable, firent les députés en se regardant entre eux.


– Je crois que c'est assez grave pour qu'on y pense, n'est-ce pas, messieurs? dit le duc. Quant à moi, je m'en occupe fort, et je chercherai un moyen de parer à cet inconvénient, car votre intérêt avant le nôtre, c'est la devise de mon frère et la mienne.


Les députés firent entendre un murmure d'approbation.


– Messieurs, maintenant permettez à un homme qui a fait vingt-quatre lieues à cheval dans sa nuit et dans sa journée, d'aller dormir quelques heures; il n'y a pas péril dans la demeure, quant à présent du moins, tandis que si vous agissez il y en aurait: ce n'est point votre avis peut-être?


– Oh! si fait, monsieur le duc, dit Brigard.


– Très bien.


– Nous prenons donc bien humblement congé de vous, monseigneur, continua Brigard, et quand vous voudrez bien nous fixer une nouvelle réunion…



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