– Eh! messieurs, dit l'inconnu, vous êtes dans l'erreur complète; ce n'est point une attaque furtive qu'on vous prépare en ce moment, c'est un bel et bon assaut que vous allez essuyer.


– Vraiment?


– Vos plans, si naturels qu'ils vous paraissent, sont incomplets.


– Cependant, monseigneur… firent les bourgeois, humiliés que l'on parût douter de leurs connaissances en stratégie.


– Incomplets, reprit l'inconnu, en ceci, que vous vous attendez à un choc, et que vous avez pris toutes vos précautions pour cet événement.


– Sans doute.


– Eh bien! ce choc, messieurs, si vous m'en croyez…


– Achevez, monseigneur.


– Vous ne l'attendrez pas, vous le donnerez.


– À la bonne heure! s'écria le prince d'Orange, voilà parler.


– En ce moment, continua l'inconnu, qui comprit dès lors qu'il allait trouver un appui dans le prince, les vaisseaux de M. Joyeuse appareillent.


– Comment savez-vous cela, monseigneur? s'écrièrent tous ensemble le bourgmestre et les autres membres du conseil.


– Je le sais, dit l'inconnu.


Un murmure de doute passa comme un souffle dans l'assemblée, mais, si léger qu'il fût, il effleura les oreilles de l'habile homme de guerre qui venait d'être introduit sur la scène pour y jouer, selon toute probabilité, le premier rôle.


– En doutez-vous? demanda-t-il avec le plus grand calme et en homme habitué à lutter contre toutes les appréhensions, tous les amours-propres et tous les préjugés bourgeois.


– Nous n'en doutons pas, puisque vous le dites, monseigneur. Mais que cependant Votre Altesse nous permette de lui dire…


– Dites.


– Que s'il en était ainsi…


– Après?


– Nous en aurions des nouvelles.



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