
Il l’aimait de tout son pouvoir et de toutes ses forces. Et, pour être juste, elle avait de quoi plaire, telle qu’elle était, robuste, la poitrine abondante, le teint encore assez frais bien que hâlé par le grand air. Sa surprise et sa joie furent grandes d’abord d’être une dame de qualité; son cœur, qui n’était pas mauvais, se laissait toucher par les bontés d’un mari d’une si haute condition et d’une si forte corpulence qui se montrait pour elle le plus obéissant des serviteurs et le plus épris des amants. Mais, au bout de quelques mois, elle s’ennuya de ne plus courir le monde. Au milieu des richesses, comblée de soins et d’amour, elle ne goûtait pas d’autre plaisir que d’aller trouver le compagnon de sa vie foraine dans la cave où il languissait, une chaîne au cou et un anneau dans le nez, et de l’embrasser sur les yeux en pleurant. M. de Montragoux, la voyant soucieuse, en devenait soucieux lui-même et sa tristesse ne faisait qu’accroître celle de sa compagne. Les politesses et les prévenances dont il la comblait tournaient le cœur de la pauvre femme. Un matin, à son réveil, M. de Montragoux ne retrouva plus Colette à son côté. Il la chercha vainement par tout le château. La porte du cabinet des princesses infortunées était ouverte. C’est par-là qu’elle avait passé pour gagner les champs avec son ours. La douleur de la Barbe-Bleue faisait peine à voir. Malgré les courriers innombrables envoyés à sa recherche, on n’eut jamais nouvelles de Colette Passage.
M. de Montragoux la pleurait encore quand il lui advint de danser, à la fête des Guillettes, avec Jeanne de la Cloche, fille du lieutenant criminel de Compiègne, qui lui inspira de l’amour.