
— Vous avez mon petit travail ?
Sans mot dire, il décroche une photographie épinglée à un fil.
— C’est… c’est tout ? fais-je.
— Oui. Le reste n’était pas impressionné. J’ai remis d’office une bobine neuve dans l’appareil.
Je me penche sur l’image. Si je m’attendais à un spectacle ahurissant je suis volé. Et comment ! La photo représente une partie de la façade d’un magasin et un pan de pardessus d’homme, une jambe de pantalon et un soulier. C’est tout ce que l’objectif, mal centré, a pu capter de l’individu pris pour cible.
C’est drôlement tartouze comme résultat !
— Avez-vous une loupe ? demandé-je au petit photographe.
Il fouille dans un tiroir et me tend l’objet réclamé.
J’examine attentivement l’image. Et, tout à coup, je fais une découverte du tonnerre de Dieu. Le morceau de vitrine que l’on aperçoit sur la photo appartient à L’Albatros. Je reconnais, sur la vitre, l’aile peinte en blanc d’un de ces volatiles qui servent d’enseigne à l’établissement.
Qu’est-ce que cette photo signifie ?
Et d’abord quand a-t-elle été prise ?
Je passe aux petits détails. En y regardant de près, on distingue une boîte d’allumettes vide sur le trottoir. Une idée lumineuse éclate sous mon dôme, comme une enseigne au néon. Je paie grassement le petit boutiquier et je cavale à L’Albatros. Je regarde par terre, la boîte d’allumettes vide s’y trouve. Donc la photo a été tirée quelques instants auparavant. Il est bien rare, en effet, qu’un objet léger comme une boîte d’allumettes demeure longtemps au même endroit.
Je continue à observer la photographie et je vais me placer au point approximatif où se trouvait la personne qui l’a prise. Ce point est situé sous une porte cochère. Et je pige vite la raison pour laquelle une faible partie seulement de l’homme visé est apparente : il y a un poteau de fer dans le champ de vision.
