Ils avaient exploité des mines de pommes de terre et récolté de grosses quantités de blé dans le champ d’à côté, même après le passage des machines. Masklinn aurait préféré les voir semer leur propre nourriture, mais les gnomes n’avaient pas vraiment les pouces verts, et n’avaient pas réussi à faire germer des graines dans le sol dur de la carrière. Mais ils avaient de quoi manger, c’était l’essentiel.

Autour de lui, il sentait des centaines de gnomes vivre leur vie. Élever des familles. S’installer.

Il retourna nonchalamment dans son terrier, au fond d’un des hangars abandonnés de la carrière. Au bout d’un moment, il prit une décision et sortit le Truc de sa niche dans le mur.

Aucun des voyants n’était allumé. Cela n’arriverait pas tant que le Truc ne serait pas placé à proximité de fils électriques. Alors, il s’illuminerait et serait capable de parler. On trouvait des fils dans la carrière et Dorcas les avait rebranchés. Pourtant, Masklinn n’y avait pas conduit le Truc. Ce cube noir et dense avait une façon de s’exprimer qui le mettait toujours mal à l’aise.

Mais il avait la conviction que le Truc pouvait entendre ce qu’on lui disait.

— Le vieux Torritt est mort la semaine dernière, annonça-t-il au bout d’un moment. On était tous un peu tristes, mais après tout, il était très vieux, et il est mort comme ça, simplement. Je veux dire : il ne s’est pas fait manger, écraser, rien de ce genre.

La petite tribu de Masklinn avait jadis vécu sur un accotement d’autoroute, en lisière d’une campagne vallonnée et bondée de créatures qui raffolaient de gnome frais. L’idée de mourir du simple fait de ne plus être vivant représentait pour eux un concept nouveau.

— Alors, on l’a enterré au bord du champ de pommes de terre, assez profondément pour le mettre hors de portée de la charrue.



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