
Moragha se détourna de la fenêtre à l’épais vitrage de quartz afin d’examiner ses visiteurs d’un air de dégoût à peine dissimulé : leur groupe se composait d’un faible d’esprit, d’un membre de la Guilde et d’un simple mineur. Il était scandaleux que de pareils individus lui fissent perdre son temps la veille de la visite du prince impérial, une visite qui représentait peut-être sa dernière chance de pouvoir demander aux amis qu’il possédait à la Cour de lui obtenir un nouveau poste. Il s’affala sur les coussins qui garnissaient son trône de pierre et demanda :
« Franchement, Prou, que venez-vous faire ici ? »
Thengets del Prou accueillit avec son affabilité coutumière le regard réprobateur qui accompagnait ces paroles. Seule une lueur apparue dans ses yeux révélait à Moragha que l’homme de haute taille et à la peau sombre qui se tenait devant lui osait en réalité rire de sa déconvenue.
« Je n’ai pas dépassé les limites de ma juridiction, monseigneur. Bodgaru se trouve à moins de huit lieues de Dhendgaru. »
Theso Lagha, premier porte-parole de l’association des mineurs, s’inclina respectueusement. En voilà au moins un qui faisait preuve de la politesse requise.
« C’est moi qui lui ai demandé de venir ici ce soir, seigneur préfet. Il m’a semblé que ce qu’a vu notre Hugo était grave — si grave que vous pouviez avoir immédiatement besoin de la Guilde. »
Moragha fit la moue. Qu’elle fût ou non dans son droit, la Guilde lui faisait peur. Et Prou lui inspirait encore moins confiance que le commun de ses congénères de la Guilde ; cet homme rusé au teint bistre était originaire du désert, et le nom qu’il portait était pratiquement imprononçable. Moragha eût préféré que les mineurs ne recourussent pas aussi souvent aux talents divinatoires de Prou et que l’homme de la Guilde se cantonnât à la ville qui lui avait été assignée.
