
Wang et son élève s'arrêtèrent à la porte principale, ouverte au front de la vaste enceinte qui entourait les diverses constructions du yamen, ses jardins et ses cours.
Si, au lieu de la demeure d'un simple particulier, c'eût été celle d'un magistrat mandarin, un gros tambour aurait occupé la première place sous l'auvent découpé et peinturluré de la porte. Là, de nuit comme de jour, seraient venus frapper ceux de ses administrés qui auraient eu à réclamer justice. Mais, au lieu de ce «tambour des plaintes», de vastes jarres en porcelaine ornaient l'entrée du yamen, et contenaient du thé froid, incessamment renouvelé par les soins de l'intendant. Ces jarres étaient à la disposition des passants, générosité qui faisait honneur à Kin-Fo. Aussi était-il bien vu, comme on dit, «de ses voisins de l'Est et de l'Ouest».
A l'arrivée du maître, les gens de la maison accoururent à la porte pour le recevoir. Valets de chambre, valets de pied, portiers, porteurs de chaises, palefreniers, cochers, servants, veilleurs de nuit, cuisiniers, tout ce monde qui compose la domesticité chinoise fit la haie sous les ordres de l'intendant. Une dizaine de coolies, engagés au mois pour les gros ouvrages, se tenaient un peu en arrière.
L'intendant souhaita la bienvenue au maître du logis.
Celui-ci fit à peine un signe de la main et passa rapidement.
«Soun? dit-il seulement.
Soun! répondit Wang en souriant. Si Soun était là, ce ne serait plus Soun!
– Où est Soun?» répéta Kin-Fo.
L'intendant dut avouer que ni lui ni personne ne savait ce qu'était devenu Soun.
Or, Soun n'était rien moins que le premier valet de chambre, spécialement attaché à la personne de Kin-Fo, et dont celui-ci ne pouvait en aucune façon se passer.
