
Ainsi donc, l'élève du philosophe Wang avait, dans la partie matérielle de la vie autant que dans sa partie morale, tout ce qu'il fallait pour être heureux! Et il ne l'était pas! Il avait Soun pour détendre son apathie quotidienne, et Soun même ne suffisait pas à lui donner le bonheur!
Il est vrai que, pour le moment du moins, Soun, qui n'était jamais où il aurait dû être, ne se montrait guère! Il devait sans doute avoir quelque grave faute à se reprocher, quelque grosse maladresse commise en l'absence de son maître, et s'il ne craignait pas pour ses épaules, habituées au rotin domestique, tout portait à croire qu'il tremblait surtout pour sa queue.
«Soun! avait dit Kin-Fo, en entrant dans le vestibule, sur lequel s'ouvraient les salons de droite et de gauche, et sa voix indiquait une impatience mal contenue.
– Soun! avait répété Wang, dont les bons conseils et les objurgations étaient toujours restés sans effet sur l'incorrigible valet.
– Que l'on découvre Soun et qu'on me l'amène!» dit Kin-Fo en s'adressant à l'intendant, qui mit tout son monde à la recherche de l'introuvable.
Wang et Kin-Fo restèrent seuls.
«La sagesse, dit alors le philosophe, commande au voyageur qui rentre à son foyer de prendre quelque repos.
– Soyons sages!» répondit simplement l'élève de Wang.
Et, après avoir serré la main du philosophe, il se dirigea vers son appartement, tandis que Wang regagnait sa chambre.
