
En effet, que pouvait lui apprendre son correspondant?
Que les titres qui composaient presque toute sa fortune dormaient tranquillement dans les caisses de la Centrale Banque Californienne, que ses actions avaient monté de quinze ou vingt pour cent, que les dividendes à distribuer dépasseraient ceux de l'année précédente, etc.!
Quelques milliers de dollars de plus ou de moins n'étaient vraiment pas pour l'émouvoir!
Toutefois, quelques minutes après, Kin-Fo reprit la lettre et en déchira machinalement l'enveloppe; mais, au lieu de la lire, ses yeux n'en cherchèrent d'abord que la signature.
«C'est bien une lettre de mon correspondant, dit-il. Il ne peut que me parler d'affaires! A demain les affaires!»
Et, une seconde fois, Kin-Fo allait rejeter la lettre, lorsque son regard fut tout à coup frappé par un mot souligné plusieurs fois au recto de la deuxième page. C'était le mot «passif», sur lequel le correspondant de San Francisco avait évidemment voulu attirer l'attention de son client de Shang-Haï.
Kin-Fo reprit alors la lettre à son début, et la lut de la première à la dernière ligne, non sans un certain sentiment de curiosité, qui devait surprendre de sa part.
Un instant, ses sourcils se froncèrent; mais une sorte de dédaigneux sourire se dessina sur ses lèvres, lorsqu'il eut achevé sa lecture.
Kin-Fo se leva alors, fit une vingtaine de pas dans sa chambre, s'approcha un instant du tuyau acoustique qui le mettait en communication directe avec Wang. Il porta même le cornet à sa bouche, et fut sur le point de faire résonner le sifflet d'appel; mais il se ravisa, laissa retomber le serpent de caoutchouc, et revint s'étendre sur le divan.
«Peuh!» fit-il.
Tout Kin-Fo était dans ce mot.
«Et elle! murmura-t-il. Elle est vraiment plus intéressée que moi dans tout cela!»
