«Ses lettres, pensait-elle, n'avaient pas de retard autrefois! je les lisais, l'âme émue! Ou bien, au lieu de ces lignes qui ne s'adressaient qu'à mes yeux, c'était sa voix même que je pouvais entendre! Là, cet appareil me parlait comme s'il eût été près de moi!»


Et Lé-ou regardait un phonographe, posé sur un guéridon de laque, en tout semblable à celui dont Kin-Fo se servait à Shang-Haï. Tous deux pouvaient ainsi s'entendre ou plutôt entendre leurs voix, malgré la distance qui les séparait… Mais, aujourd'hui encore, comme depuis quelques jours, l'appareil restait muet et ne disait plus rien des pensées de l'absent.


En ce moment, la vieille mère entra.


«La voilà, votre lettre!» dit-elle.


Et Nan sortit, après avoir remis à Lé-ou une enveloppe timbrée de Shang-Haï.


Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme. Ses yeux brillèrent d'un plus vif éclat.


Elle déchira l'enveloppe, rapidement, sans prendre le temps de la contempler, ainsi qu'elle avait l'habitude de le faire…


Ce n'était point une lettre que contenait cette enveloppe, mais un de ces papiers à rainures obliques, qui, ajustés dans l'appareil phonographique, reproduisent toutes les inflexions de la voix humaine.


«Ah! j'aime encore mieux cela! s'écria joyeusement Lé-ou. je l'entendrai, au moins!»


Le papier fut placé sur le rouleau du phonographe, qu'un mouvement d'horlogerie fit aussitôt tourner, et Lé-ou, approchant son oreille, entendit une voix bien connue qui disait: «Petite sœur cadette, la ruine a emporté mes richesses comme le vent d'est emporte les feuilles jaunies de l'automne! Je ne veux pas faire une misérable en l'associant à ma misère! Oubliez celui que dix mille malheurs ont frappé!



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