Plus il s’enfonçait dans le quartier chinois, plus Malko se sentait mal à l’aise. Il n’avait pourtant jamais eu peur des Jaunes mais, cette fois, il sentait une haine presque palpable. À chaque feu rouge, deux ou trois jeunes s’approchaient du taxi et marmonnaient des injures. On ne voyait presque pas de Blancs, les touristes ne s’aventuraient guère au-delà de Queen’s Road et de ses boutiques élégantes.

Jadis on lui aurait proposé des petites filles, une pipe d’opium. Maintenant c’étaient des tracts exaltant la pensée de Mao.

Le taxi suivit King’s Road et tourna à gauche dans une petite rue, puis stoppa devant une énorme HLM hérissée de cordes à linge. C’était là. Tout le rez-de-chaussée était occupé par des boutiques pauvres, allant du tailleur au réparateur de pousse-pousse.

Malko paya et descendit. Les gens le regardaient curieusement. Ces immeubles avaient été construits pour loger les réfugiés de Chine rouge qui vivaient de charité et d’allocations gouvernementales.

Il s’engagea dans un couloir sombre. Oh ! miracle, il y avait un ascenseur ! Il s’arrêta au huitième étage. L’ascenseur donnait sur une sorte de coursive intérieure. L’appartement 8b était tout de suite à droite. Malko regarda autour de lui avant de tourner la sonnette. Rien ne se passa. Il sonna de nouveau sans plus de succès et attendit. Une gamine, qui descendait quatre à quatre par l’escalier de service, lui jeta un regard en dessous.

Bizarre ! Bizarre !

Il s’éloignait quand il entendit un grincement derrière lui, la porte du 8b venait de s’entrouvrir sur une tête effrayée : celle de la plus âgée des trois veuves !

CHAPITRE VI



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