
Pour se croire sur le port de Naples, il ne manquait plus que de voir luire les couteaux, et ma foi, je crois bien que ce beau tournoi théologique se serait terminé par là si le conducteur n’était pas intervenu.
«Laissez-nous donc tranquilles avec vos madones, dit-il en riant aux Beaucairois: tous ça, c’est des histoires de femmes, les hommes ne doivent pas s’en mêler.»
Là-dessus, il fit claquer son fouet d’un petit air sceptique qui rangea tout le monde de son avis.
La discussion était finie; mais le boulanger, mis en train, avait besoin de dépenser le restant de sa verve, et, se tournant vers la malheureuse casquette, silencieuse et triste dans son coin, il lui vint d’un air goguenard:
«Et ta femme, à toi, rémouleur?… Pour quelle paroisse tient-elle?»
Il faut croire qu’il y avait dans cette phrase une intention très comique, car l’impériale tout entière partit d’un gros éclat de rire… Le rémouleur ne riait pas, lui. Il n’avait pas l’air d’entendre. Voyant cela, le boulanger se tourna de mon côté:
«Vous ne la connaissez pas sa femme, monsieur? une drôle de paroissienne, allez! Il n’y en a pas deux comme elle dans Beaucaire.»
Les rires redoublèrent. Le rémouleur ne bougea pas; il se contenta de dire tout bas, sans lever la tête: «Tais-toi, boulanger.»
Mais ce diable de boulanger n’avait pas envie de se taire, et il reprit de plus belle:
«Viédase! Le camarade n’est pas à plaindre d’avoir une femme comme celle-là… Pas moyen de s’ennuyer un moment avec elle… Pensez donc! une belle qui se fait enlever tous les six mois, elle a toujours quelque chose à vous raconter quand elle revient… C’est égal, c’est un drôle de petit ménage… Figurez-vous, monsieur, qu’ils n’étaient pas mariés depuis un an, paf! voilà la femme qui part en Espagne avec un marchand de chocolat.
«Le mari reste seul chez lui à pleurer et à boire… Il était comme fou. Au bout de quelque temps, la belle est revenue dans le pays, habillée en Espagnole avec un petit tambour à grelots. Nous lui disions tous:
