
… Il faisait trop noir pour chercher par terre… mais il reviendrait dès le petit jour… oh! non, il la retrouverait… non, le bon Dieu ne permettrait pas une telle horreur!
Et puis – disons-le, car il importe qu’on le sache – honte des hontes; humiliation suprême! Parju venait de s’apercevoir que sa plaque de garde champêtre avait été arrachée dans la lutte.
Sa plaque, emblème de l’ordre! Un garde champêtre qui perd sa plaque, n’est-ce pas un régiment auquel on ravit son drapeau?
La sueur de l’opprobre perlait à grosses gouttes sur le front blême de Parju.
– Mais non, s’essuya-t-il avec sa manche. ELLE est tombée par terre. Je vais LA retrouver tout à l’heure, au lever du soleil.
Rentré chez lui, il y trouva une mère Parju de réveil maussade, beaucoup plus outrée des déchirures à la blouse que des meurtrissures au visage, et – triste à constater! mais les femmes sont ainsi – profondément insoucieuses de l’accroc survenu à l’honneur de son mari.
CHAPITRE V
Dans lequel on va faire connaissance du sympathique mais infortuné Blaireau, pâle victime d’un bourgmestre en délire.Qu’était-ce au juste que Blaireau?
Personne n’aurait su exactement le dire. C’était Blaireau, et voilà tout.
Ni propriétaire, ni fermier, ni journalier, ni commerçant, ni industriel, ni fonctionnaire de l’État, ni rien du tout, Blaireau appartenait à cette classe d’êtres difficilement catégorisables et qui semblent, d’ailleurs, ne pas tenir enthousiastement à occuper une case déterminée sur le damier social.
Très philosophe, très madré, ce bohème rural était, par la population, soupçonné d’équilibrer son budget (!) grâce à des virements portant de préférence sur les végétaux d’autrui et les lièvres circonvoisins, le tout mijoté sur du bois mort (ou vif), discrètement emprunté aux forêts d’alentour.
