Elle portait suspendu à son épaule l’arc flexible, comme une chasseresse, et elle avait abandonné sa chevelure au caprice du vent, la jambe nue jusqu’au genou et les plis ondoyants de sa robe relevés par un nœud. – «Hé, jeunes gens, fit-elle la première, dites-moi si par hasard vous n’avez pas vu une de mes sœurs, armée d’un carquois et couverte d’une peau de lynx tachetée, qui errait ou qui chassait à grands cris un sanglier écumant?» Ainsi parle Vénus et le fils de Vénus répond: «Je n’ai vu ni entendu aucune de tes sœurs, ô jeune fille que je ne sais comment nommer. Tu n’as pas le visage d’une mortelle et l’on ne sent pas la mortelle au son de ta voix. Déesse certainement, (sœur de Phébus peut-être, ou vierge du sang des Nymphes?) sois-nous propice, et, qui que tu sois, allège notre lourde tâche. Sous quel ciel enfin, sur quelles rives sommes-nous jetés? Fais-le-nous savoir. Nous ignorons tout, les hommes, les lieux, et nous errons poussés ici par le vent et les vastes flots. Plus d’une victime tombera sous notre main au pied de tes autels.»


– «Je ne suis pas digne d’un tel honneur, répondit Vénus. La mode des jeunes filles tyriennes est de porter le carquois et de chausser haut le cothurne de pourpre. Tu vois le royaume punique, un État des Tyriens et d’Agénor; mais tu es dans le pays des Libyens, race intraitable et guerrière. Le pouvoir appartient à Didon qui s’est sauvée de Tyr pour fuir son frère. L’injustice qu’elle a soufferte serait longue à raconter et longues les péripéties: je n’en effleurerai que les plus saillantes. Son mari Sychée était le plus riche seigneur de la Phénicie, et la malheureuse l’aimait d’un grand amour. Son père la lui avait donnée vierge et l’avait mariée sous les auspices d’un premier hymen. Mais son frère, qui possédait le royaume de Tyr, Pygmalion, était le plus abominable des scélérats.



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