
Didon la Sidonienne y édifiait à Junon un vaste temple aussi considérable par les offrandes des hommes que par la puissance de la déesse. Des degrés s’élevaient à son parvis d’airain; les linteaux de la porte étaient fixés par des attaches d’airain, et sur les gonds criaient des portes d’airain. Dans ce bois une chose inattendue et rassurante s’offrit pour la première fois aux regards d’Énée. Pour la première fois il osa espérer le salut et concevoir dans sa misère un meilleur Avenir. Comme, au pied du temple immense, il en parcourait les détails en attendant la reine et qu’il admirait la fortune de cette ville, l’émulation des artistes, leur travail et leur œuvre, il voit représentées dans leur ordre les batailles d’Ilion, toute cette guerre dont la renommée s’est répandue à travers le monde entier, les Atrides et Priam et Achille cruel pour les uns comme pour l’autre. Il s’arrête et verse des larmes: «Quel pays, Achate, quel canton de l’univers ne sont pas remplis de nos malheurs? Voici Priam! Ici même, les belles actions ont leur récompense; il y a des larmes pour l’infortune, et les choses humaines touchent les cœurs. Ne crains plus: cette renommée, n’en doute pas, nous apportera quelque chance de salut.» Et il se repaît l’âme de ces vaines peintures, tout gémissant et le visage inondé d’un torrent de larmes. Il avait devant les yeux, se battant autour de Pergame, d’un côte les Grecs qui fuyaient pressés par la jeunesse de Troie, de l’autre les Phrygiens en fuite devant le char et l’aigrette d’Achille. Tout près, il reconnaît en pleurant les tentes de Rhésus d’une blancheur de neige: la trahison les a livrées dans le premier sommeil; le fils de Tydée sanglant y promène le saccage et le massacre, et tourne vers son camp les chevaux ardents du Thrace avant qu’ils aient pu goûter les pâturages de Troie et boire aux eaux du Xanthe.