
Elle dit, et elle conduit Énée sous son toit royal en même temps qu’elle ordonne des actions de grâces dans les temples des dieux. Elle envoie sur le rivage à ses compagnons vingt taureaux, cent porcs énormes au dos hérissé et cent agneaux bien gras avec leurs mères, présents d’un jour de fête. On décore l’intérieur du palais qui resplendit d’un luxe régalien; et au centre le banquet se prépare: des tapis artistement travaillés et d’une pourpre superbe; sur les tables, une lourde argenterie et, ciselés dans l’or, les hauts faits des ancêtres de la reine, toute une longue suite de gloire déroulée parmi tant de héros depuis l’origine de cette vieille nation.
Énée, car l’amour paternel ne permet pas de repos à son cœur, dépêche Achate vers ses navires: il annoncera ces nouvelles à Ascagne et l’amènera dans la ville: Ascagne, tout le souci, toute la tendresse de son père. De plus, il apportera des présents arrachés aux ruines d’Ilion, une robe que raidissent des figures brodées dans l’or, et un voile à la bordure d’acanthe couleur de safran: l’Argienne Hélène avait emporté, lorsqu’elle quittait Mycènes pour son coupable hymen de Pergame, ces parures dont sa mère Léda lui avait fait le don merveilleux. Il y ajoutera le sceptre qui appartenait jadis à l’aînée des filles de Priam, Ilioné, et son collier de perles et sa couronne doublement enrichie de gemmes et d’or. Empressé d’obéir, Achate se hâtait vers les vaisseaux.
De son côté, Vénus combine de nouveaux artifices, de nouveaux desseins: Cupidon changera de forme et de visage et viendra sous les traits du doux Ascagne; de ses présents il embrasera la reine et fera couler dans ses veines la folie d’amour. Ce palais, en effet, lui demeure suspect; elle craint l’homme de Tyr aux deux paroles; et les noirceurs de Junon la brûlent d’une angoisse qui redouble avec la nuit. Elle s’adresse au dieu qui porte des ailes, à l’Amour. «Mon fils, lui dit-elle, toi qui es ma force et ma grande puissance, mon fils, toi qui seul dédaignes les traits dont le Père souverain a frappé Typhon, j’ai recours à toi et je fais appel en suppliante à ton pouvoir divin.
