
Et au milieu du grand silence qui se fit dans le palais: «Jupiter, prononça-t-elle, – car c’est à toi que nous devons les lois de l’hospitalité, – veuille que ce jour soit un jour de fête pour les Tyriens et pour les hommes partis de Troie et qu’il reste dans la mémoire de nos arrière-neveux! Que Bacchus donneur de joie et que la bonne Junon nous assistent! Et vous, Tyriens, pressez-vous à ce banquet d’un cœur favorable!» Elle dit et verse sur la table la libation aux dieux; et, la première, cette libation faite, elle effleure sa coupe du bout des lèvres; puis elle la tend à Bitias qu’elle provoque à boire. Bitias sans hésiter a vidé la patère écumeuse et s’est baigné le visage dans l’or. Après lui les autres chefs. Iopas à la longue chevelure fait hautement sonner la cithare d’or suivant les leçons du grand Atlas. Son chant dit la lune errante, les éclipses du soleil, l’origine des hommes et des bêtes, la cause des pluies et des éclairs, et l’Arcture et les pluvieuses Hyades et les deux Ourses, pourquoi les soleils d’hiver vont avec tant de hâte se plonger dans l’Océan et ce qui retarde les nuits d’été lentes à venir. Les Tyriens l’applaudissent et l’applaudissent encore et les Troyens font comme eux. La malheureuse Didon prolongeait dans la nuit et variait ses entretiens avec Énée et buvait l’amour à longs traits: elle avait tant de questions à poser sur Priam et tant sur Hector! Et quelles armes portait le fils de l’Aurore? Et ce qu’étaient les chevaux de Diomède? Et le grand Achille, comment était-il? «Fais mieux, mon hôte, dit-elle, et raconte-nous depuis l’origine les embûches des Grecs, les malheurs de ton peuple et tes voyages, car voici le septième été que tu erres dans tous les pays et sur tous les flots.»
LIVRE II
Tous se turent, attentifs, les yeux fixés sur Énée et de son lit élevé le héros commença en ces termes: