
– C’est un assassin.
– Un assassin! s’écria l’Anglais, et il demeure en liberté?
Un Italien de la compagnie sourit à cette exclamation:
– Il a trouvé ici un asile, dit-il, où personne n’a le droit de l’arrêter.
– Vos autels, reprit l’Anglais, protègent donc les meurtriers?… Cela est bien étrange!… Quel pouvoir reste-t-il à vos lois, si les plus grands criminels ont des moyens de défense contre elles? Mais comment peut-il vivre en ce lieu?… N’est-il pas exposé à y mourir de faim?
– Non, dit le moine. Il y a toujours des âmes secourables; et comme le criminel ne peut sortir de cette enceinte pour pourvoir à ses besoins, on lui apporte sa nourriture.
– Est-ce possible? Je n’ai jamais rien vu de semblable, dit l’Anglais en s’adressant à l’Italien.
– Le cas n’est cependant pas rare, répondit celui-ci, et l’assassinat est si fréquent chez nous que, sans l’usage des lieux d’asile, les meurtriers tombant après leurs victimes, nos cités seraient bientôt à moitié dépeuplées.
À cette remarque, qui n’admettait pas même que la crainte du châtiment pût réprimer le crime, l’Anglais se contenta de hocher la tête.
– Observez, continua l’Italien, le confessionnal où cet homme vient d’entrer. Mais peut-être les vitraux colorés qui assombrissent cette partie de l’église vous empêchent-ils de le bien distinguer.
L’Anglais, soudain attentif, vit alors que ledit confessionnal, d’un bois de chêne bruni par le temps, était divisé en trois compartiments, tendus à l’intérieur d’une étoffe noire.
