Son esprit vagabondait. Que pouvait-il être arrivé à Jim Stanford ? Il était déçu par son premier contact avec Bangkok. Il avait espéré être tout de suite sur une piste, être aidé par la C.I.A., agir utilement. Au lieu de cela, il faisait du tourisme en compagnie d’une secrétaire. En dépit de son goût pour les jolies femmes, il se sentait coupable. Distraitement, il avala le potage, gluant et fade, et observa comment Thépin dégustait la peau de son canard arrosé d’une sauce marron très piquante. Contrairement aux Chinois, elle mangeait très délicatement, avalant des bouchées minuscules et des tasses de thé à la file. Comme par miracle, la table s’était couverte de petits plats fumants, avec des sauces de toutes les couleurs, au contenu inquiétant. Inlassablement, un garçon blafard comme un cloporte, à la veste tachée, continuait à en apporter. Soudain, Thépin l’apostropha d’une voix aiguë, en thaï, alors qu’il arrivait les bras chargés de trois nouveaux plats. Sans changer d’expression, il fit demi-tour, les remportant, et la jeune fille éclata de rire :

— Il fait l’idiot parce que vous êtes un farang

— Connaissez-vous l’endroit où on a vu Jim Stanford pour la dernière fois ? demanda Malko qui poursuivait son idée.

— Bien sûr. C’est à cent trente kilomètres de Bangkok. Près du pont du chemin de fer Singapour-Rangoon, sur la rivière Kwaï. On a retrouvé sa voiture là.

— C’est difficile d’y aller ?

La jeune fille lui jeta un regard noir, toutes griffes dehors :

— Pas du tout. La route est très bonne. Vous vous croyez dans un pays de sauvages ?

Malko lui jura qu’il l’imaginait très mal avec des anneaux dans les narines, et elle rit. Il continua :

— Où pouvons-nous louer une voiture ? Thépin baissa modestement les yeux et zozota :

— J’ai la mienne. Si vous voulez.

Malko paya ses trois cents bahts – exorbitant – et ils sortirent. Il faisait un peu plus frais. Une brise soufflait de Chine du Sud, balayant la lourdeur de la rivière.



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