
Peu de temps après, Suénon, roi de Norwége, ayant fait une descente en Écosse, Duncan, pour lui résister, se mit à la tête de la portion la plus considérable de son armée, dont il confia le reste à Macbeth et à Banquo. Duncan, battu et près de s'enfuir, se réfugia dans le château de Perth, où Suénon vint l'assiéger. Duncan ayant secrètement instruit Macbeth de ses intentions, feignit de vouloir traiter et traîna la chose en longueur jusqu'à ce qu'enfin, averti que Macbeth avait réuni des forces suffisantes, il indiqua un jour pour livrer la place, et en attendant il offrit aux Norwégiens de leur envoyer des provisions de bouche, qu'ils acceptèrent avec d'autant plus d'empressement que depuis plusieurs jours ils souffraient beaucoup de la disette. Le pain et la bière qu'on leur livra avaient été mêlés du jus d'une baie extrêmement narcotique, en sorte que, s'en étant rassasiés avec avidité, ils tombèrent dans un sommeil dont il fut impossible de les tirer. Alors Duncan fit avertir Macbeth, qui, arrivant en diligence et entrant sans obstacle dans le camp, massacra tous les Norwégiens, dont la plupart ne se réveillèrent pas, et dont les autres se trouvèrent tellement étourdis par l'effet du soporifique qu'ils ne purent faire aucune défense. Un grand nombre de mariniers de la flotte norwégienne, qui étaient venus pour prendre leur part de l'abondance répandue dans le camp, partagèrent le sort de leurs compatriotes, et Suénon, qui se sauva, lui onzième, de cette boucherie, trouva à peine assez d'hommes pour conduire le vaisseau sur lequel il s'enfuit en Norwége.
