Voilà pour les apparences ; maintenant examinons la vérité, l'ahurissante vérité, incroyable forcément. La vie des êtres raconte souvent une histoire ; celle d'Horace de Tonnerre était une bibliothèque, une anthologie de la démesure, un rayonnage de livres à l'index.

Aller trop loin fut longtemps la maxime de cet homme traversé d'excès qui n'avait que peu de vraisemblance. Avant Juliette, Horace avait été un autre. Amateur de hasards, surmené d'appétits, ce funambule ne se reposait que dans l'hyperbole. Prêt pour tous les destins, Horace s'était toujours multiplié sans jamais aller au bout de ses dons; mériter ses titres le rasait. Ses carrières furent aussi fugaces que pleines de tapage : agent de morts célèbres ressuscités dans les hit-parades, député en se pinçant le nez, chanteur mexicain idolâtré, écrivain de grande consommation qui exploitait son stylo comme un puits de pétrole, novice furtif à l'abbaye du Bec-Hellouin, gigolo d'une épouse d'un Président américain, nègre de bonne humeur, directeur de journaux en dilettante, etc. Selon l'accident du jour, et le coup de théâtre de la semaine, Horace était à l'époque riche de dettes immenses ou de créances illimitées. Toujours il s'élevait pour chuter à force de dépasser les bornes. Cet homme pressé marchait à l'amble de ses envies. Être à la fois faillible et doté d'une énergie fabuleuse le grisait. Remonter la pente l'exaltait. Se goinfrer de paillettes, de cigares ou d'eau bénite l'amusait, divertissait la presse qui n'avait pour lui que des épithètes ébahies. Sans cesse, l'énergumène grandiloquait, se projetait en avant pour ne pas tomber à terre. Son nom lui allait bien : Horace de Tonnerre, oui, de Tonnerre.



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