
Chapitre 1
Il y eut un vacarme pas loin de sa tête et Maigret se mit à remuer, maussade, comme effrayé, un de ses bras battant l'air en dehors des draps. Il avait conscience d'être dans son lit, conscience aussi de la présence de sa femme qui, mieux éveillée que lui, attendait dans l'obscurité sans rien oser dire.
Sur quoi il se trompait — pendant quelques secondes tout au moins — c'était sur la nature de ce bruit insistant, agressif, impérieux. Et c'était toujours en hiver, par temps très froid, qu'il se trompait de la sorte.
Il lui semblait que c'était le réveille-matin qui sonnait, alors que depuis son mariage, il n'y en avait plus sur sa table de nuit. Cela remontait à plus loin encore que l'adolescence : à son enfance, quand il était enfant de chœur et servait la messe de six heures.
Pourtant, il avait servi la même messe au printemps, en été, en automne. Pourquoi le souvenir qui lui en restait et qui lui revenait automatiquement était-il un souvenir d'obscurité, de gel, de doigts engourdis, de chaussures qui, sur le chemin, faisaient craquer une pellicule de glace ?
Il renversait son verre, comme cela lui arrivait souvent, et Mme Maigret allumait la lampe de chevet au moment où sa main atteignait le téléphone.
— Maigret... Oui...
Il était quatre heures dix et le silence, dehors, était le silence particulier aux plus froides nuits d'hiver.
— Ici Fumel, monsieur le commissaire...
— Comment ?
Il entendait mal. On aurait dit que son correspondant parlait à travers un mouchoir.
— Fumel, du XVIe...
L'homme étouffait sa voix comme s'il craignait d'être entendu par quelqu'un se trouvant dans une pièce voisine. Devant l'absence de réaction du commissaire, il ajoutait :
— Aristide...
Aristide Fumel, bon ! Maigret était éveillé, à présent, et se demandait pourquoi diable l'inspecteur Fumel, du XVIe arrondissement, l'éveillait à quatre heures du matin.
