
L’ermite l’entraîna vers un puits et le pria d’y contemplerson reflet. L’homme obéit, mais l’ermite se mit à jeter des cailloux dansl’eau, dont la surface trembla.
« Je ne pourrai pas voir mon visage tant que vousjetterez des cailloux, remarqua l’homme.
— De même qu’il est impossible à un homme de voir sonvisage dans des eaux troubles, il lui est impossible de chercher Dieu si saquête rend son esprit anxieux, dit le moine. Voilà le premier pas. »
IL Y EUT uneépoque où le voyageur pratiquait la méditation bouddhiste zen. A un certainmoment de la séance, le maître allait chercher dans un coin du dojo(l’endroit où les disciples se réunissaient) une baguette de bambou. Ceux desélèves qui n’avaient pas réussi à se concentrer levaient la main. Le maîtres’approchait d’eux et leur donnait à chacun trois coups sur l’épaule.
La première fois qu’il assista à cette scène, le voyageur latrouva absurde et digne du Moyen Age. Plus tard, il comprit que, très souvent,il est nécessaire de déplacer sur le plan physique la douleur spirituelle afinde percevoir le mal qu’elle cause. Sur le chemin de Saint-Jacques, il avaitappris un exercice qui consistait à enfoncer l’ongle de son index dans sonpouce chaque fois qu’une pensée lui faisait du mal.
On perçoit toujours trop tard les terribles conséquences despensées négatives. Cependant, si nous faisons en sorte que ces pensées semanifestent sous la forme d’une douleur physique, nous comprenons mieux le malqu’elles nous causent. Alors nous parvenons à les éviter.
UN PATIENT âgéde trente-deux ans alla consulter le thérapeute Richard Crowley :
« Je ne peux pas arrêter de sucer mon pouce, seplaignit-il.
— Ne vous inquiétez pas, lui répondit Crowley.Simplement, sucez un doigt différent chaque jour de la semaine. »
